L’enfant-lumière

 

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On dirait que l’hiver ne veut plus finir. Ne veut plus partir. La neige qui tombe aujourd’hui me donne presque mal au cœur. Peut-être simplement parce que je suis fatiguée. J’ai mal dormi. J’ai rêvé de toi. Toujours ce même rêve: moi, assise dans la maison de notre enfance, qui appelle ton nom sans relâche. Parfois en criant. Souvent en sanglotant.

Toujours ce même rêve depuis 2 ans. Depuis la glace bleue. Depuis tes os brisés. Depuis ta mort. Lire la suite

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Le silence des feuilles qui tombent

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Ce matin, mon coeur bat fort. Ça tambourine dans mes veines, ça picote dans chaque millimètre de ma peau. Dans ma tête, 22 anniversaires se superposent et s’entremêlent. Trois millions de rires, de chants, de mots, de regards, de bougies soufflées et de bouchées de gâteaux prises à la dérobée. Trois millions de souvenirs célébrant ta naissance, année après année, qui chahutent en moi.

Derrière tout ce joyeux brouhaha, juste au fond, il y a cette toute petite voix. Qui sanglote doucement et qui appelle ton nom inlassablement. Lire la suite

La chambre orange (nouvelle fictive)

À l’automne dernier, j’ai participé à un concours de création littéraire. Ma toute première participation à un concours de création. Si ta mort, ma soeur, m’a appris une chose, c’est bien qu’il faut vivre maintenant, tout de suite. Réaliser ses rêves quand ils éclosent dans nos têtes. Alors pendant que les arbres se dépouillaient de leurs feuilles et que le ciel s’alourdissait du gris automnal, j’ai écrit.

Avec cette nouvelle inédite, j’ai fait partie des 20 auteurs en lice (sur 700, quand même!) pour le Prix de la nouvelle Radio-Canada 2016.

Parce que cette nouvelle m’a été inspirée par ta mort, parce que tu m’as toujours tellement encouragée à écrire, parce que tu avais toi-même une si belle plume, je partage cette nouvelle ici. Pour toi, ma soeur. Lire la suite

Franchir le seuil*

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Un jeudi comme les autres, autour de 17h. Je mets les saucisses au four. J’appelle les enfants pour qu’ils rangent les jouets qui traînent, épars, dans le salon. Je vérifie le riz. J’attrape une tranche de tomate et la croque. J’établis mentalement la liste des courses à faire le lendemain. Je câline mon plus jeune pendant que mon aînée me montre ses talents de gymnaste.

Un jeudi comme les autres. Jusqu’à ce que sonne le téléphone.

Des mots horribles sortent du combiné, se faufilent à mon oreille. Accident, amie décédée, ambulance, hôpital. Dans ma tête, un court-circuit. Dans ma bouche, un goût âcre et ferreux. Comme celui du sang qui fuit ton corps au même moment. Lire la suite

La prophète*

 

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Des gens m’écrivent, ma sœur. M’arrêtent dans la rue, à l’épicerie, à la pharmacie. M’appellent au travail. Pour me remercier d’écrire l’ampleur du chagrin qui habite le deuil, qui l’habille de sombres pensées. Pour me témoigner leur reconnaissance de mettre des mots sur la lumière qui jaillit des fissures, quand les larmes ont coulé et que les yeux rougis portent un regard nouveau sur la vie. Surtout, pour te remercier, toi, de leur donner espoir en ce quelque chose de mystérieux qu’il y a assurément après la mort, puisque tu l’as écrit juste avant de t’y rendre. Pour te remercier, toi, de leur permettre de croire à ce quelque chose de grand qui attend l’être aimé qu’ils ont perdu. Qui les attend aussi, assurément. Qui nous attend tous, au fond. Lire la suite

Tu es partout

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Je ne saurais dire si c’est la grisaille de novembre, le temps qui file mais ne te ramène pas ou l’angoisse du premier Noël à passer sans toi.

Je ne saurais comprendre pourquoi la fissure s’ouvre un peu plus, pourquoi ça s’égrène encore à l’intérieur de moi, malgré les semaines qui coulent.

Je ne trouve même pas les mots justes pour exprimer l’ampleur de la souffrance, le bruit sec que j’entends à répétition dans ma tête. Ce quelque chose qui casse sans jamais se ressouder. Cette douleur, juste là, entre les omoplates, comme une brûlure.

Je ne saurais dire pourquoi le monde sans toi m’apparaît encore trop ardent certains matins, malgré tout le reste. Malgré les rires, les étreintes, les fiertés, les nez froids et les batailles de feuilles mortes, les pauses et les répits, les heures qui grouillent de vie. Malgré le brouillard qui s’est levé et la conviction que j’y survivrai, à cette existence dénuée de ta voix. Lire la suite